Elles sont discriminées à cause de leurs cheveux

Dans son dernier clip militant "Formation", Beyoncé arbore fièrement ses cheveux tressés.

Dans son dernier clip militant « Formation », Beyoncé arbore fièrement ses cheveux tressés.

Son histoire a dépassé les frontières. Début avril, une jeune employée canadienne d’un magasin Zara a décidé de démissionner à cause de la remarque d’un supérieur. Ses cheveux tressés seraient « trop extrêmes », « pas assez professionnels », pour la marque de vêtements. Metronews a recueilli plusieurs témoignages de françaises, noires et métisses, confrontées au quotidien à ces mêmes réflexions.

► Maya, 15 ans, lycéenne à Lille
« J’ai dû lisser ou attacher mes cheveux crépus à partir du moment où je suis rentrée à l’école. Le seul jour où je les ai laissés au naturel, c’était en CE1 : toute l’école s’est moquée de moi. Ça fait sept ans maintenant, mais je me souviens encore précisément qu’on m’a dit : ‘tu ressembles à un ours’. L’année dernière encore, je les attachais mais on me frappait sur la tête, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi. On m’a menacé de me couper les cheveux, de les brûler, d’y coller des chewing-gums. On m’a appelée ‘touffetouffe’, ‘Bob Marley’, ‘cheveux de clowns’. En classe, il fallait que je me mette derrière sous prétexte que je cachais le tableau. Professeurs et élèves ne se gênaient pas pour en rire. On me demande fréquemment si j’ai une perruque, aussi. En fait, ça va des plaisanteries bon enfant à des remarques foncièrement méchantes, faites pour humilier.

► Léna, 21 ans, étudiante à la Sorbonne

« J’ai les cheveux bouclés et volumineux, mais pas crépus. A partir du collège, on s’est toujours un peu moqué de moi. A l’école, mes camarades s’amusaient à placer des objets dedans ou parfois à en couper des mèches. Quand je m’en suis plainte, l’élève en question a dit : ‘c’est parce que je ne vois pas le tableau’. Alors, on m’a déplacée au fond. Et c’est là que j’ai réalisé que j’avais passé toute ma scolarité dans le fond de la classe. Pas par choix, mais parce qu’on m’y déplaçait systématiquement, sans jamais m’expliquer pourquoi.

Et je ne vous parle même pas des salons de coiffure. Quand j’étais petite, une coiffeuse a dit en riant à sa collègue, en me voyant arriver : ‘t’en as pour toute l’après-midi ‘. Ma mère ne m’a plus jamais emmenée chez le coiffeur, ensuite. Et aujourd’hui, voyant qu’ils refusent de me prendre en rendez-vous parce qu’ils ne savent pas comment faire, je n’y vais pas. J’ai appris à me couper les cheveux toute seule.

Maintenant, lorsque les gens touchent mes cheveux ou me font des remarques, je ne me laisse plus faire. Ils ne s’en rendent pas compte, mais ces gestes-là sont racistes. Ils comprennent vite dès qu’on leur explique, mais à la longue c’est fatiguant. »

► Marie* 32 ans, secrétaire médicale en Martinique
« Ancienne militaire, j’ai subi des discriminations. Mes collègues me tannaient avec la texture de mes cheveux. Certaines étaient jalouses, d’autres me faisaient bien sentir que je n’avais pas ma place dans l’armée avec des cheveux frisés. Une fois, mon adjudant-chef m’a fait une réflexion sur ma coiffure que je n’avais « pas assez bien faite » selon lui… Il estimait qu’il fallait que je défrise, voire que je lisse mes cheveux, pour obtenir une coiffure « parfaite ». J’étais toujours rappelée à l’ordre à cause de ça, quel stress. Certains de mes collègues ne m’appelaient plus par mon nom. Ils se contentaient de m’appeler ‘la métisse’. J’ai dû me faire respecter pour qu’ils arrêtent. »

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► Kassy, 21 ans, étudiante en Poitou-Charentes
« J’avais tressé mes cheveux très frisés en chignon, pour un entretien d’embauche dans le domaine de la vente. A mon arrivée, le recruteur a eu l’air très déçu et gêné. Il m’a à peine regardé dans les yeux, et envoyait des textos quand je répondais à ses questions. En tout, l’entretien a duré cinq minutes. Je pense que c’est à cause de ma coiffure, car par la suite, m’a mère m’a fait remarquer qu’elle ne ‘rentrait pas dans les standards’. Je ne trouve pas cela normal. Une coiffure, ça n’a rien à voir avec les compétences professionnelles.

► Nicaise, 22 ans, mannequin et étudiante à Rennes 2
« J’ai grandi au Canada. Mais c’est en arrivant en France, à 14 ans, que les remarques sur mes cheveux ont commencé. Un jour, en cours d’arts plastiques, je portais ma coupe afro. Le prof m’a dit ‘l’école est gratuite et laïque mais il faut un minimum de tenue.’ J’ai répondu que j’avais les cheveux lâchés, comme tout le monde. Et puis je suis passée au-dessus, c’est ce que j’ai l’habitude de faire.

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Par deux fois, le principal du lycée n’a pas voulu me laisser entrer dans l’établissement parce que je « n’étais pas coiffée ». Je portais un chignon sur le haut de la tête, mais forcément, il n’était pas lisse. J’ai dû appeler ma mère, qui est intervenue, et ça s’est calmé. Mais maintenant, je me suis endurcie face à ce genre de critiques. Je sais que je suis coiffée, que ma coiffure est convenable. Ces critiques ne m’atteignent plus.

*Le prénom a été modifié

Du conformisme au mouvement ‘nappy’
Sabrina Perugien, chercheuse et docteure en sciences de gestion, est spécialisée sur les questions de diversité et d’égalité des chances. Selon elle, de ces remarques répétées sur le type de cheveux sont nées trois positions distinctes chez les femmes noires et métisses : « Soit la personne fait tout pour correspondre aux standards, aux attentes de la société dans laquelle elle vit pour mieux s’intégrer– c’est l’exemple donné par les stars du show biz comme Rihanna, qui se montre surtout les cheveux lisses. Soit elle embrasse sa singularité de femme noire dans une société à dominante caucasienne – c’est le mouvement des ‘nappies’ qui abandonnent le défrisage et sont fières de montrer leurs cheveux au naturel. Entre ces deux positions, j’ai observé que certaines femmes noires ou métisses considèrent simplement leurs cheveux comme un accessoire de mode. C’est une position qui permet de s’affranchir de tout sentiment de gêne ou de fierté. Mais dans tous les cas, que les cheveux deviennent matière à discrimination dans le monde professionnel est inacceptable. Je conseille aux victimes de tenter d’abord d’expliquer à leur interlocuteur pourquoi ces remarques sont mal placées. Si ça ne marche pas, il faut saisir le Défenseur des droits. »

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Source : http://www.metronews.fr/

USA : UNE LICENCE POUR FAIRE DES TRESSES

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Aux Etats Unis, des centaines de coiffeuses originaires d’Afrique subsaharienne spécialisées dans le tressage se mobilisent contre une récente législation les obligeant à suivre une formation jugée trop longue et trop onéreuse.

Il y a les « pour »…

Désormais, dans une quarantaine d’états, toute tresseuse devra être titulaire d’une licence sous peine de se voir infliger des amendes allant jusqu’à 2500 USD par infraction. Cette licence, créée sous la pression des lobbys du secteur de la coiffure, a pour but d’encadrer la qualité de la technique et les normes d’hygiène des praticiennes. Les tresseuses sont donc, en toute équité, soumises aux mêmes normes que les toutes les coiffeuses et les esthéticiennes.

Augmenter le niveau qualitatif d’un secteur grâce à la formation est une bonne chose en soi. En effet, la pratique n’est pas sans risque car le tressage peut provoquer des allergies de contact (mèches synthétiques) et des alopécies dues à la traction exercée sur les cheveux et à l’impossibilité de nettoyer ses cheveux sous les tresses et les tissages.

… mais il y a aussi les « contre »!

Rassemblées en collectifs (notamment Braiding Freedom), les coiffeuses s’organisent et montent au créneau. Leurs avocats ont déjà réussi à faire supprimer ou « alléger » l’octroi de cette licence dans certains états (Washington, New-York, Utah, Arkansas) en avançant plusieurs arguments.nattes-collées_tresses_africaine_kamite_cheveux

La sécurité : le tressage est un acte simple, sûr. Les tresseuses n’utilisent pas de produits chimiques défrisant ou colorant. Elles ne mouillent même pas les cheveux des clientes.
La culture : le tressage est une pratique traditionnelle, transmise de génération en génération dès le plus jeune âge. Le moment du tressage crée aussi du lien social, c’est un moyen de passer un moment convivial entre femmes : on rigole, on discute des heures durant.
L’expérience : il n’existe pas de système de VAE (Validation des Acquis par l’Expérience) qui permettrait à celles pouvant prouver une pratique de plusieurs années de bénéficier automatiquement de la licence.
Le cout et la durée des études pour obtenir cette licence sont jugés excessifs. Selon les états, cela varie entre 40h et 2ans et le minerval de certaines écoles privées peut aller jusque 20000 Usd.
Le niveau scolaire : souvent, ces licences exigent l’équivalent d’un diplôme d’une école américaine. De nombreux immigrants africains n’ont tout simplement pas la maîtrise de la langue et ce niveau d’éducation.

 

Galery Photos :

 

Source : http://afrikhepri.org/

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